Auteur Archives: Stephanie

L’interview de Violaine Leroy (N° Kenya)

Après avoir lu Uani, nous avions beaucoup de questions sur les Inuits, le voyage, les couleurs… Nous les avons posées à Violaine Leroy, son auteure et illustratrice. Voici l’interview en entier !

 

Comment t’es venue l’idée de cette histoire ? As-tu voyagé au Groenland ou dans le nord du Canada, chez les Inuits?

Je n’ai jamais voyagé aussi au Nord, mais c’est bizarrement un univers qui m’est familier : depuis toute petite je suis une grande lectrice de contes du monde entier et particulièrement ceux du Grand Nord. Après j’ai continué en lisant par exemple les livres de Jorn Riel, lu beaucoup de récits d’anthropologues et ethnologues du Grand Nord mais aussi d’autres peuples dans le monde. Ce qui relie ces humains entre eux c’est qu’ils ont un univers imaginaire très riche, un rapport aux esprits, à ce qui les entoure, un lien aux autres et à la nature qui m’accompagne depuis longtemps, qui me permet de me dire que le monde dans lequel je vis ne va pas forcément de soi. Il faut croire que dans une autre vie j’ai dû être Inuit ou Nenet ou… renne.
Mais j’ai promis à ma petite fille de 3 ans et demi, que nous essaierons d’y aller dès que ses petites jambes seraient assez grandes pour la porter un peu plus loin. Et si c’est trop compliqué, que les frontières sont bloquées, que nous n’avons pas assez d’argent ; nous continuerons à lire des contes et à traverser les forêts ou les trottoirs en sautant comme des rennes et en construisant des igloos de bois.

Le début et la fin de l’histoire commencent par des images dans des cercles, comme si on regardait par une longue vue, c’est ce que tu voulais faire ? Nous faire regarder au loin ?

Oui, c’est une manière de montrer qu’au fur et à mesure le paysage grandit, que nous ne sommes plus le point central, mais un tout petit point dans la nature.

Ton héroïne est très courageuse, curieuse, et pas peureuse, ce sont des qualités qu’il faut pour voyager d’après toi ?

Ce qu’il faut surtout, il me semble, c’est de la curiosité et de la persévérance. Ne pas s’arrêter à la première montagne, à la première fatigue. Ne pas désirer absolument le but, mais que l’expérience soit le voyage plutôt que l’arrivée (mais il faut une vie pour l’apprendre, j’en sais quelque chose !). Et puis surtout, prêter attention aux autres. L’avantage du silence ou la barrière de la langue, c’est que nous sommes des observateurs et que les autres nous observent. Je suis tout à la fois très bavarde (un bon moyen de cacher mes peurs) et plutôt peureuse dans la vie, mais le fait de rencontrer les autres et la nature me donnent toujours du courage.

Les couleurs sont très présentes dans Uani : du vert, du bleu, du jaune alors qu’on pourrait s’attendre à ne voir que du blanc. Tu as beaucoup cherché comment peindre la glace, les reflets ?

C’était bizarrement une évidence de « colorer » la neige. J’aime montrer que la nature est mouvante, jamais figée. Là où l’on ne voit que du blanc, si on prend son temps, on voit des reflets gris et bleus, les transparences de la glace, de l’herbe jaune ou du lichen qui passe à travers.
Il suffit d’observer un simple carré d’herbe, c’est un jeu rigolo : de quel couleur est-ce ? Vert ? Non, il y a le brun de la terre, le blanc d’une pâquerette, une herbe jaune fanée, une brindille rouge, on peut y passer un bon petit moment ! Si on revient après la pluie, on verra que tout a changé, l’herbe s’est couchée, des feuilles sont tombées dessus, des fourmis passent et le vert n’est plus tout à fait le même.

On devine des coups de pinceaux mais aussi de la peinture projetée, du pochoir, comment as-tu dessiné ? Quels outils utilises-tu ?

Pour ce livre, j’ai utilisé des encres et des crayons de couleurs. Beaucoup de coups de pinceaux et des petits pochoirs pour « ne pas dépasser » !

Tu dois avoir un grand atelier de peinture ? Où travailles-tu ?

J’adorerais avoir un grand atelier ! Je travaille dans un espace collectif où nous sommes plusieurs (graphistes, réalisateur, photographe, créateur de site internet…) et j’ai un bureau avec une étagère où tout est plus ou moins rangé…

Combien de temps as tu travaillé pour Uani ?

Entre l’écriture du texte, les premières esquisses et la réalisation de l’album, il m’a fallu 2 ans. J’ai réalisé d’autres petits projets en même temps, mais la technique utilisée est longue.

J’ai lu que tu dessinais aussi pour des journaux, de la bande dessinée, pour les adultes… As-tu une préférence ?

Non, toutes ces différentes activités sont une manière de découvrir de nouvelles choses et surtout de raconter des histoires différentes !

J’ai cherché sur internet et j’ai découvert que Uani, en inuit, veut dire « là-bas », « ici » et « être soi-même »… cela résume bien ton histoire ? 

Oui, tout à fait ! D’ailleurs les sens multiples d’un seul mot révèlent bien qu’on ne peut pas tout nommer, que parfois seul le silence et l’expérience vécue racontent. On a l’impression en ce moment que vous, les enfants, dervaient tout nous dire, tout partager, vos émotions, vos journées, commenter tous vos dessins et que vos parents devraient être des puits de sagesse et de parole. Mais parfois, zut à la fin, on a juste besoin de ne rien dire et de passer un bon moment ensemble sans un mot.

Propos recueillis par Anne Bensoussan pour Georges N° Kenya.

L’interview de Sébastien Mourrain (N° Piano)

Ce mois-ci, deux albums de Sébastien Mourrain sont
sortis : Louise ou l’enfance de Bigoudi et Hector et Louis.
C’est l’occasion de lui poser quelques questions sur son travail d’illustrateur. Voici l’interview en entier !

 

Tu as dessiné de nombreux albums à partir de textes d’auteur•e•s, comment les choisis-tu ?

Il faut que j’accroche tout de suite à l’histoire et au style d’écriture. Je dois aussi aimer les personnages. Souvent, si le texte me plaît, des images assez claires défilent dans ma tête.

Est-ce que l’auteur•e te donne des indications sur son personnage, comment il/elle l’imagine, ou est-ce toi qui le crée entièrement ?

Non, je préfère ne pas avoir d’indication. Et c’est ce que je demande aux auteurs. C’est vraiment mon plaisir de trouver quels traits aura le personnage. Après, il y a quand même des indications dans l’histoire que je dois respecter !

Si le texte est trop compliqué à dessiner, peux-tu demander à l’auteur•e de le corriger ? 

Normalement non. J’essaie de trouver une solution. Ça peut devenir un défi ou une contrainte. Et les contraintes, c’est pas mal parfois. Avec l’auteur•e, on discute de l’enchaînement et du rythme des images en fonction du texte.

Il y a peu de couleurs dans cette album, pourquoi ?

Il y a déjà beaucoup d’ »informations » dans mon dessin en noir et blanc. Beaucoup de traits et de valeurs. Ajouter trop de couleurs pourrait alourdir les images. Ça apporte aussi une unité graphique dans le livre. Et ce n’est pas facile de mettre peu de couleurs ! Parfois j’en mets énormément… puis j’enlève presque tout !

Comment as-tu fait pour dessiner New York à cette époque, quand Bigoudi est petite ? Et es-tu déjà allé dans cette ville ?

Je suis déjà allé à New York. C’est une ville que j’adore. Pour Bigoudi, comme il fallait situer l’époque (les années 1960), j’ai fait des recherches sur les immeubles, les voitures, les vêtements… Ensuite, c’est beaucoup d’imaginaire. C’est « fantasmé ». J’aime avoir une base crédible mais le reste doit venir de mon imagination.

Comme tu nous disais, tu as dessiné Bigoudi au crayon de papier (on voit d’ailleurs les traces dans le bus), mais utilises-tu parfois la peinture ou l’ordinateur ?

Je dessine effectivement au crayon, sur une feuille, car j’aime le contact avec le papier ! Ensuite, je scanne mes images et j’applique les couleurs sur ordinateur.

Combien de temps as-tu travaillé sur ce livre ?

J’ai passé deux mois à plein temps. Après, il y a les étapes de recherches et les échanges qu’on peut difficilement quantifier.

Travailles-tu dans un bureau chez toi ou dans un atelier ?

Je travaille dans Le Bocal ! C’est un atelier, situé à Lyon, que je partage avec d’autres illustrateur•rice•s et auteur•e•s de BD et graphistes.

Propos recueillis par Anne Bensoussan pour Georges N° Piano.

1 activité par jour avec Maison Georges

Chers parents, chez Georges nous pensons fort à vous avec votre joyeuse marmaille à la maison. Alors, chaque jour, nous vous donnons rendez-vous avec une activité gratuite à proposer à vos enfants ou à faire avec eux ! Des bricolages, recettes de cuisine, coloriages, expériences, exercices de yoga ou de gym, paper-toys… issus d’anciens numéros de Georges et de Graou et que nous sommes très heureuses de partager !
Vous pouvez télécharger les activités ici.
Prenez soin de vous toutes et tous !

L’interview de Camille Jourdy (N° Caméléon)

Georges a rencontré Camille Jourdy, la créatrice de la bande dessinée Les Vermeilles (éditions Actes Sud). Cet album a été élu « meilleure BD » par les enfants du jury du Salon du livre de Montreuil et il a aussi reçu le prix jeunesse du Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême. Voici l’interview en entier !

 

Jo part à l’aventure dans la forêt et elle rencontre tout un monde de petites créatures, est-ce une histoire que tu as imaginée pour tes enfants ?

Oui, un peu. J’ai commencé à noter des idées pour cette histoire quand ma fille aÎnée était petite. On avait fait une promenade en forêt et je l’avais dessinée qui jouait avec ses petites figurines, j’avais alors eu envie de raconter l’histoire d’une petite fille qui allait vivre des aventures dans un monde fantastique. Quand j’ai eu mes enfants, j’ai eu l’impression de re-parcourir le monde de l’enfance. Je faisais découvrir à mes filles tout ce que j’avais aimé quand j’étais petite : les livres, les films et les dessins animés, les jeux…
C’est un livre sur l’enfance.

Les personnages que Jo rencontre font penser à des héros de contes et il y a même des jouets (les petits poneys, les petits chevaux…) ou des films comme L’Histoire sans fin ou des dessins animés comme L’Inspecteur Gadget, pourquoi écris-tu une histoire imaginaire avec de « vraies choses » ?

Il y a toujours des « vraies choses » même dans les histoires imaginaires ! Je m’inspire toujours de ma vie et de ce qui m’entoure. Pour les films et les jouets, ils ne sont pas vraiment dans mon livre mais comme ils m’ont « accompagnée » pendant l’écriture, je pense que l’ambiance général du récit peut faire penser à certains films. Parfois je ne m’en rends même pas compte…

Jo ressemble à une petite fille d’aujourd’hui, elle boude, s’énerve, vit avec les deux filles de la nouvelle amie de son papa…  C’était important pour toi de partir d’une vraie situation ?

Oui. Même si l’histoire se passe dans un monde fantastique je trouve cela important que l’on puisse s’identifier aux personnages, ou même aux animaux, comme Maurice le renard ou Pompon le chien. Ils ont de vraies personnalités et vivent de vraies émotions. Ce livre raconte, au travers d’un voyage hors du monde réel, l’histoire d’une petite fille qui grandit. Et ça, c’est complètement réel !

Jo n’a jamais peur mais cette aventure va la changer. C’est à la fois une histoire d’aventure et un conte ?

Oui, c’est une sorte de conte initiatique. Jo part de chez elle en colère. Au début, elle est plutôt inconsciente et insouciante, elle parle tout le temps et fait la maline. Et puis au fur et à mesure des épreuves, elle change. Il y a quand même des moments où elle a peur comme dans la maison abandonnée où elle ne veut pas dormir toute seule dans le noir. Elle se rend compte qu’elle a encore besoin de ses parents, et que grandir, c’est peut-être aussi accepter que l’on est encore un enfant et que l’on a besoin des autres…

Comment et où dessines-tu ? 

Je dessine tout à la main (sans ordinateur). Je fais un petit crayonné sans appuyer et je repasse avec un stylo noir fin. Ensuite je peins. Ici, j’ai utilisé une peinture qui s’appelle de l’acrylique mais je l’ai utilisée comme de l’aquarelle, c’est-à-dire en mettant beaucoup d’eau.
Je travaille chez moi sur mon bureau.

Combien de temps as-tu mis pour écrire et dessiner ?

J’ai commencé à noter les premières idées il y a 6 ou 7 ans, mais sans vraiment travailler sur le livre. Un jour je me suis dis que j’avais noté assez d’idées et que je pouvais commencer à construire l’histoire et la dessiner. À partir de ce moment là, ça m’a pris environ un an et demi.
C’est très long de faire une BD, en plus parfois je recommence des planches quand je trouve qu’elles ne racontent pas bien l’histoire…

Tu travailles déjà sur un autre projet ? Est-ce que Jo va grandir et vivre de nouvelles aventures ?

En ce moment, je travaille avec une autre autrice de BD qui s’appelle Lolita Sechan. Nous allons écrire et dessiner le livre toutes les deux !  Il y aura deux personnages dans ce livre : Bartok, une petite taupe, qui est un personnage créé par Lolita et avec lequel elle a déjà fait d’autres livres. Et Nouk, la petite fille chat qui est dans ma BD Les Vermeilles. Nous avions envie de mélanger nos deux univers. C’est la première fois que je travaille comme ça et cela me plaît beaucoup !

Propos recueillis par Anne Bensoussan pour Georges N° Caméléon.

L’interview d’Alex Cousseau et Charles Dutertre (Georges N°Fête foraine)

Georges a rencontré l’auteur Alex Cousseau et l’illustrateur Charles Dutertre, qui publient ensemble l’album La Route du lait grenadine (éditions du Rouergue). Voici l’interview en entier !

 

Votre duo a déjà travaillé ensemble, comment est venue l’idée de La Route du lait grenadine

Alex – Avant l’idée, il y a eu l’envie d’écrire en s’inspirant des images. C’est un défi que nous nous sommes lancés : Charles dessine, j’écris ensuite. Pour que cela fonctionne, on s’est mis d’accord sur une idée de départ assez simple. Une course. Avec des concurrents et leurs drôles de machines, une ligne de départ, des épreuves, et une ligne d’arrivée. La Route du lait grenadine  c’est une version de la Route du Rhum pour les enfants.

Charles – Chaque livre est un jeu dont on invente les règles. Il faut que l’on s’amuse. Ici, pas de texte au départ, je pouvais faire ce que je voulais avec le dessin. C’était pour moi un vrai bonheur d’illustrateur.

Les personnages ont des points communs avec ceux de La Brigade du silence (que vous avez aussi réalisé ensemble) : les yeux, la taille, les casquettes de Peaky blinders…, c’est une sorte de suite ?

Alex – Pas vraiment une suite, mais disons que La Brigade du silence aurait pu participé à cette course. J’imagine qu’ils auraient fait beaucoup de bruit !

Charles – Je fonctionne beaucoup par cycle, en ce moment je suis plutôt dans un dessin très fin avec beaucoup de hachures. C’est le style que j’avais trouvé pour La Brigade du silence et je l’ai gardé pour La Route du lait grenadine. Mais le prochain album sera complètement différent.

Comment se passe la rencontre entre un auteur et un illustrateur ? Faut-il être amis ?

Alex – Comme toute rencontre, ce sont souvent les hasards de la vie qui font se rencontrer un auteur et un illustrateur. Et puis vient (ou pas) l’envie d’essayer de jouer ensemble à faire un album. Avec Charles, je crois que nos sensibilités et nos univers se plaisent bien. Ce qui est une définition possible de l’amitié. D’album en album, notre complicité devient de plus en plus évidente.

Charles – Je n’arrive pas expliquer pourquoi cela fonctionne. On échange beaucoup lors de la conception, mais chacun est autonome dans sa création. On peut très bien travailler ensemble sans être amis, mais c’est beaucoup plus facile quand on l’est.

Charles, il y a des petits personnages et vraiment beaucoup de petits objets, avez-vous tout dessiné à la main ? Même toute la forêt ?

Charles – Je dessine tout à la main, y compris la forêt, sur des feuilles séparées. Ensuite je place les dessins sur ordinateur. Parfois, je triche un peu, j’utilise plusieurs fois la même fleur ou le même arbre. J’adore dessiner les objets, et j’en collectionne beaucoup. J’aime dessiner les parapluies et les chaussettes ! Tiens, je pourrais commencer une collection de chaussettes !

S’il y a autant de petits détails, est-ce parce que l’auteur le demande ? Qui a inventé les noms loufoques des machines et des personnages ?

Alex – Les petits détails, c’est l’univers de Charles. Je crois qu’il adore ça. Et moi aussi. Il y en a partout dans ses carnets de croquis, j’adore les feuilleter, j’ai l’impression d’ouvrir des tiroirs qui débordent de vie. Les noms loufoques des personnages, c’est plutôt moi. Un nom raconte déjà beaucoup de choses, je trouve important de les choisir avec soin. Dès le début, ça donne le ton, l’ambiance de l’histoire.

Charles – Je me suis vraiment concentré sur le dessin des personnages et leurs représentations ! et avec leurs noms, trouvés par Alex, les personnages prennent vie !

Pourquoi la couleur des pages changent au fur et à mesure ?

Charles – Je tente de donner du sens à la couleur. ici on doit sentir l’évolution de la journée. La durée de vie d’un insecte est très courte, donc leur course aussi : une seule journée. Je voulais montrer l’évolution de cette journée par la couleur !

Toutes les machines sont pleines d’engrenages, de vis, d’hélices… on dirait des objets recyclés… Il y a même un économe, un peigne, des boutons, des chaussettes… c’est très amusant de découvrir tout ce qui compose les machines. Est-ce amusant aussi pour vous de les dessiner ? Êtes-vous bricoleur ? Combien de temps avez-vous mis ?

Charles – J’aime beaucoup les dessiner et surtout trouver des nouvelles idées d’objets. Je suis plutôt un bricoleur de la dernière chance, je répare les objets cassés ou les mécanismes… sinon c’est la poubelle. J’aimerais me donner du temps pour fabriquer des machines, mais je n’y arrive pas. C’est pour ça que je les dessine !

 

Propos recueillis par Anne Bensoussan pour Georges N° Fête foraine.